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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 19:31

Nepal-MUSTANG-01

Le 13 avril dernier, le New York Times a publié un article intéressant qui résume bien la situation de l’immigration tibétaine au Népal. Voici la traduction intégrale de cet article. 

nepal2008 1832 dxo 72CHOSAR, Népal - Cette vallée désertique balayée par les vents, juste au sud du Tibet, était autrefois un célèbre point de transit pour les caravanes de yaks tibétains chargés de sel qui progressaient à grand peine sur les pentes glacées de l'Himalaya. Dans les années 1960, elle est devenue une base pour les guérilleros tibétains que la CIA formait à attaquer les troupes chinoises qui occupaient leur pays.

Ces jours-ci, ce sont les Chinois qui font leur apparition dans cette pointe extrême du royaume bouddhiste du Mustang, au nord-ouest de Katmandou, au Népal. Les autorités chinoises cherchent à endiguer le flot des Tibétains rebelles qui fuient vers le Népal et à obtenir la coopération des autorités népalaises pour réprimer les activités politiques des 20 000 Tibétains déjà présents.

La Chine exerce son influence dans tout le Népal de mille manières différentes, la plupart impliquant des incitations financières. Au Mustang, la Chine fournit une aide alimentaire 50 000 dollars par an et envoie des responsables militaires au Népal pour discuter avec les autorités locales népalaises ce que le prince d’opérette du Mustang appelle "la sécurité aux frontières".

Leurs efforts à travers le pays ont porté leurs fruits. La police népalaise arrête régulièrement des Tibétains lors de manifestations anti-chinoises à Katmandou. Selon les Tibétains vivant au Népal, ils ont même entravé les célébrations de l'anniversaire du Dalaï Lama, le chef spirituel des Tibétains,.

Au cours des huit premiers mois de 2012, le nombre de réfugiés tibétains qui ont traversé l'Himalaya pour entrer au Népal a été d'environ 400, soit moitié moins que pendant la même période en 2011. Les Tibétains imputent la responsabilité de cette réduction de l’immigration au renforcement de la sécurité chinoise au Tibet ainsi qu’aux gardes-frontières népalais formés par les Chinois.

Le gouvernement népalais a également refusé à 5.000 réfugiés la permission de se rendre aux États-Unis alors que le gouvernement américain avait explicitement accepté de leur accorder l'asile.

"Autrefois, il était facile pour les Tibétains de trouver un travail au Népal et de s’intégrer dans la communauté", nous a déclaré Tashi Ganden, ancien moine et éminent prisonnier politique en Chine, assis à la terrasse d’un café situé sur le toit de Boudhanath dans le quartier tibétain animé de Katmandou. "Mais ça, c'était avant l'influence chinoise".

Le Népal, l’un des pays les plus pauvres du monde, a été encore appauvri par une décennie de guerre civile entre les guérilleros maoïstes et l'armée qui a pris fin en 2006, ainsi que par l'instabilité permanente du gouvernement. Le pays est bordé au sud par l'Inde et au Nord par la Chine et les dirigeants népalais ont cherché à se tourner vers la Chine pour contrebalancer l'immémoriale influence indienne.

L’histoire d’amour entre le Népal et la Chine a pris de l'ampleur ces dernières années. La Chine a déversé des aides financières, fourni son expertise en matière d'infrastructure et à Lumbini, que l’on considère comme le lieu de naissance de Bouddha, elle a investi dans des sites bouddhistes. Par ailleurs, elle a nommé des ambassadeurs au Népal issus du monde de la sécurité.

L'ancien président Jimmy Carter a déclaré à Katmandou le 1er avril que la pression chinoise a rendu la migration des Tibétains au Népal plus difficile. "Mon espoir est que le gouvernement népalais ne capitulera pas", a-t-il déclaré selon l'agence Reuters.

Shankar Prasad Koirala, le secrétaire adjoint du ministère de l'Intérieur, a déclaré dans un entretien téléphonique que le Népal n'avait pas tourné le dos aux réfugiés. "Le gouvernement du Népal les assiste et les traite dans un esprit humanitaire ", a-t-il dit.

D'autres responsables népalais ont expliqué que le Népal se conforme à la "politique d'une seule et unique Chine" et ne tolère pas les activités séparatistes anti-chinoises sur son sol.

La campagne de la Chine pour empêcher les Tibétains d'entrer au Népal s’est renforcée en 2008 après un soulèvement général des Tibétains. Depuis lors, au moins 110 auto-immolations de Tibétains vivant sous le régime chinois ont incité les autorités chinoises à renforcer la sécurité dans les villes tibétaines et le long de la frontière avec le Népal.

75La pratique de la protestation par auto-immolation a atteint Katmandou, ce qui a accru l’inquiétude des autorités népalaises sur la question tibétaine. En février, un moine tibétain de 25 ans, Drupchen Tsering, est décédé après s’être immolé par le feu près d'un stupa (1) bouddhiste vénéré à Boudhanath.

Les Tibétains de la région ont réclamé le corps du moine, mais les autorités locales l’ont fait incinérer au milieu de la nuit, le mois dernier, alléguant qu’aucun membre de sa famille ne l'avait réclamé, et par la suite, selon un groupe de soutien basé à Washington et nommé International Campaign for Tibet, ils ont affiché des avis interdisant toute cérémonie publique.

Ces dernières années, les manifestations religieuses publiques ont fait l’objet de mesures répressives à l’issue desquelles des Tibétains ont été détenus pendant plusieurs jours. Ces célébrations incluent les festivités accompagnant l'anniversaire du Dalaï Lama qui vit en exil en Inde et avait un représentant à Katmandou avant que son bureau ne soit fermé par le gouvernement en 2005.

Un jeune homme, Tsering, raconte qu’en allant dans un monastère à Katmandou en avril 2012 pour une cérémonie d'anniversaire, il est tombé sur la police népalaise qui bloquait la zone. La rencontre avait été déplacée dans une salle de réunion. "Nous ne pouvons même pas célébrer l'anniversaire du Dalaï Lama", a-t-il dit. "Les choses ont beaucoup changé".

M. Tashi, l'ancien moine, dit que des dizaines de Tibétains ont été arrêtés à titre préventif en janvier 2012, lorsque Wen Jiabao, le Premier ministre chinois à l'époque, a fait une visite de quatre heures sans préavis à Katmandou. M. Wen avait prévu une visite pour le mois précédent, mais elle a été annulée en raison de préoccupations au sujet des manifestations de Tibétains, ont déclaré des résidents locaux. Au cours de sa visite, M. Wen a donné son accord pour que la Chine octroie au Népal une aide de 1,18 milliard de dollars sur trois ans, entre autres libéralités.

Les premiers réfugiés tibétains sont arrivés au Népal en 1959 lorsque le Dalaï Lama a fui le Tibet et ils se sont installés dans des camps de réfugiés Il existe encore 13 camps de ce genre. Une enclave tibétaine a surgi autour Boudhanath. Certains Tibétains se sont enrichis en fabriquant des tapis et des objets artisanaux et des monastères tibétains ayant pignon sur rue ont amassé des richesses et acheté de l’immobilier de premier choix dans la vallée de Katmandou.

La population a été soutenue par des réfugiés politiques plus récents, comme M. Tashi. On donnait aux Tibétains des cartes de réfugiés qui leur garantissaient certains droits, mais le Népal a mis fin à cette pratique en 1998.

Aujourd’hui, les réfugiés payent environ 5000 $ à des passeurs pour entrer au Népal. Ils restent généralement six à huit semaines dans la vallée de Katmandou, dans un centre de transit géré par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, puis ils prennent un bus pour l'Inde. Là, les Tibétains espèrent obtenir une audience avec le Dalaï Lama.

Certains sont des pèlerins qui finalement retournent au Népal puis au Tibet. Les réfugiés de longue date suscitent une méfiance. Ils sont parfois soupçonnés d’être des espions à la solde de la Chine.

Avant le soulèvement tibétain d’il y a cinq ans, le centre de transit accueillait entre 2000 et 4000 réfugiés chaque année. En 2008, à une époque où les forces de sécurité chinoises verrouillaient les villes tibétaines, ce chiffre est tombé entre 500 et 600. Il est remonté à 850 l'année suivante. Il est resté faible depuis.

Pendant des décennies, il a été implicitement admis que lorsque les gardes-frontières népalais tombaient sur des réfugiés, ils leur permettraient de continuer jusqu’au sanctuaire. Mais aujourd’hui, les Tibétains pensent que si le nombre de réfugiés qui atteignent Katmandou est si faible, cela pourrait être en partie dû au fait que gardes renvoient chez eux les Tibétains qu'ils attrapent, surtout depuis que la Chine s’est impliquée dans les programmes de formation à la sécurité aux frontières.

Il n'y a pas de contrôle indépendant des forces de sécurité népalaises à la frontière. L'année dernière, CNN a diffusé une vidéo qui montrait des inconnus chinois en civil harcelant un cameraman de CNN sur le versant népalais de la frontière tandis qu'un garde se tenait à côté.

"Nous ne savons pas vraiment ce qui se passe aujourd’hui dans les zones frontalières", a déclaré Kate Saunders, chercheur à l'International Campaign for Tibet.

Pour la Chine, la région du Mustang est l'une des zones frontalières les plus délicates, compte tenu de l'histoire de la résistance de la guérilla Khampa et du vol au-dessus du royaume en 1999 du Karmapa Lama qui a secrètement fui le Tibet pour rejoindre l'Inde. La frontière n’est ouverte qu’en de rares occasions lors d’un marché entre les Tibétains et les résidents locaux.

Autrefois, les habitants du Mustang pouvaient de traverser le Tibet avec une lettre du roi pour accomplir un pèlerinage au Mont Kailash, la montagne la plus sacrée de la cosmologie du bouddhisme tibétain. Mais les Chinois ont mis un coup d’arrêt à cela il y a une douzaine d'années.

"Nous avons demandé à notre gouvernement d’essayer de le rouvrir", a déclaré Jigme Singi Palbar Bista, le prince du Mustang. "Notre peuple a toujours recherché la lumière spirituelle du Tibet".

 

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Pour compléter cet article, voici quelques photos prises à Katmandou en février 2013 après la mort d'un moine tibétain qui s'était immolé par le feu :


ImmolFeb13 01

ImmolFeb13 02

ImmolFeb13 03


(1) Sanctuaire en forme de dôme.

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Published by Jean-Philippe
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commentaires

omnitech support reviews 16/01/2015 11:33

Well, I don’t feel any good about the unwanted interference made by the Chinese government in the internal affairs of the Nepal. They are trying to capture power in this area like America had been done all over the world.